Où vais-je?
J’écris épisodiquement. Je pense sincèrement que j’ai perdu tout mon talent. De toute façon, je n’existe plus nulle part. Que faire quand on se sent inutile. Le summum de la futilité humaine. J’ai besoin des gens, mais personne n’a besoin de moi.
Quand je me lève le matin, j’ai toujours ces mêmes images qui me hantent. Les images d’un passé plus ou moins heureux. Un passé où les autres étaient moins importants, où tout le monde était sur une sorte de pied d’égalité. Puis j’émerge de ma cuite de la veille, doucement, en souffrant. Je retombe dans une réalité secondaire, une réalité que j’aurais due et que j’aimerais oublier à tout jamais.
J’ai essayé de réfléchir à ce qui m’est arrivé et à ce qui m’arrive. C’était un mauvais calcul. Tout ce que je vie, c’est de la merde. Les rares moments de bonheur qui me croisent m’évitent avec hargne. J’ai donné de ma personne, de ma vie, de mon âme, pour changer ma façon de penser, pour évoluer dans mes aprioris. Et la suite m’a appris que j’avais fait que de la merde. J’ai évolué pour qu’on me le reproche un peu plus tard… Je me suis adouci, je faisais moins de conneries. Je me suis censuré pour le bonheur de quelqu’un d’autre. Voir cette personne heureuse me suffisait à être heureux. Puis elle est partie. Cette personne m’a abandonné dans mon ascension vers le bonheur ultime. J’étais stable, vivant, et surtout, j’avais un but.
Je sais, ça peut paraître un peu bizarre finalement. Je me demande moi-même pourquoi je ne pense que comme ça. Je crois que j’ai un élément de réponse.
J’ai tellement été matraqué durant mon enfance, par tout le monde, surtout du côté familial pour m’apprendre que je n’étais rien. Rien du tout. Une petite merde sans existence propre. On m’a appris à être dépendant des autres. Et franchement, c’est de la merde. Les autres t’envoient toujours chier.
Tu n’es rien pour personne. Et si tu n’es personne même pour toi-même, ça ne sert à rien de continuer, tu n’existe plus. Etant donné que je ne me trouve pas de but personnel, je me demande pourquoi je suis encore là. Et ça n’est pas comme si je ne mettais pas ma vie en danger, loin de là. Je ne compte plus les conneries en voiture, en moto ou en mobylette que j’ai pu faire. Et malgré tout, il n’y a pas un connard qui m’a écrasé par inadvertance. Pas un camion qui est venu s’écraser sur moi. Et pourtant, je n’ai jamais ressenti un déclic, qui me dirait « tu es vivant, relève toi et vis. »
Je me demande ce que j’aurais pu devenir si j’avais eu ce déclic. Mais je n’arrive même pas à imaginer ma vie sans malheur, sans questions débiles, sans remises en question permanente.
J’ai envie de tout lâcher. De tout quitter. De dire « Aller tous vous faire foutre ». Mais je n’ai pas la force. Je n’ai plus de force. Même la pire des drogues ne vient la à bout de cet état dépressif constant.
Les gens ont tous des hauts et des bas. Moi j’ai des bas et des sous-sols. Je rêve de ce jour où je boufferais les pissenlits par la racine, histoire de ne plus penser, comme je l’ai toujours rêvé, couper mon cerveau de façon définitive.
Sans être fallacieux, quand tu pense trop, c’est pire que ne pas penser du tout. Je ne m’entends avec personne, puisque personne n’est capable de me comprendre. Des fois, quand je parle avec des gens normaux, ils me demandent si je ne suis pas bourré, car ils ne comprennent pas ma façon de voir les choses. J’ai toujours été un peu bizarre, même beaucoup. Quand ça te revient dans la gueule, ça fout un coup. Un énorme coup. Et on est partagé entre l’envie de claquer tout le monde, ou de se foutre en l’air tout seul dans son coin.
J’ai toujours fait de la merde, et ça continuera encore et toujours. Une merde ne fait que de la merde.
Pourquoi les rares fois que je me sens bien, on est obligé de me détruire vicieusement. Personne n’a les couilles de le faire à coup de hache ?
Pourtant je n’attends plus que ça….