Tout ça pour un banc....
Nouvelle écrit façon « Premier Jet », au réveil, sans interruption, avec juste une clope et l’inspiration des rêves encore fraîche…
Ca doit être la date…Ou peut être le temps, ou je ne sais quoi encore, qui me permet d’avoir une imagination assez propice à l’appel du temps passé. Peut importe, j’ai l’esprit en éveil, les sens à l’affut, l’oreille bercée par Radiohead « My baby got the bends, we don’t have real friennnnddddssss ». A peine commencé que je pars déjà dans un autre trip. J’en aurais beaucoup à dire. Bref...
C’est une histoire assez jolie dans le fond, une histoire d’amour sur un fond de pluie.
C’était en Janvier, je ne me rappelle plus de l’année, ça remonte à trop loin, j’étais encore jeune et presque amoureux de la vie à cette époque. J’avais, en ce début d’année, rencart avec une jeune fille (et oui, je n’étais pas encore majeur à cette époque), sur un banc. On n’osait pas trop se voir, par peur, mais le banc était un lieu considéré comme neutre par les jeunes à ce moment, et j’en faisais parti, de ces jeunes. Mais ce banc était particulier, un banc « des amoureux transits » en fait. J’allais donc à ce rencard, et effectivement, le banc, la pluie, l’ambiance, permit à mon désir de devenir réalité.
Histoire d’amour en toute somme relativement banale dans la jeunesse, un coup de foudre, une période plus ou moins longue où tout va bien, puis une rupture. Mais sur ce banc, tout devenait magique, tout n’était que beauté et grâce. Donc on apportait peu d’importance au futur, le présent étant un moment déjà assez magnifique à vivre.
La tradition voulait que sur ce banc, chaque couple marque le début et la fin de son histoire sur ce banc. Et je crois que c’est ça qui rendait ce banc vraiment magique. Les couples y croyaient, et ce promontoire à cul leurs rappelait que tout a une fin.
La mairie l’avait apparemment compris, laissait ce banc sans peinture, avec les marques des amours perdus, trace du temps qui passe.
Moi, ça fait aujourd’hui 24 ans que j’ai écrit sur ce banc, 24 ans que mon amour de jeunesse est parti, qu’il m’a tourné le dos pour me montrer que la vie n’offre pas deux fois sa bénédiction.
Je tiens à le mettre par écrit parce que j’ai eu tout le loisir de contempler ma chute, le bonheur de me regarder louper tout ce que j’entreprenais, et que par chance ou malheur, je suis repassé devant ce banc pas plus tard que cet après midi.
J’ai pu donc remarqué qu’il reflétait bien la vie. Le bonheur était inscrit dessus, mais il était détruit. Détruit par le bonheur éphémère d’une jeunesse idiote qui croyait que la vie était possible. Ce banc n’est plus que l’ombre de lui-même, un tas de planches avec tellement de dates inscrites, qu’on se demande comment il tenait. On peut, je pense encore le comparer à l’homme et à la vie. Il a tenu parce qu’il n’avait rien d’autre à foutre, et aucun pouvoir sur ce qui lui arrivait….
Aujourd’hui ce banc est cassé. Comme des millions de vie sur terre. Le bonheur est temporaire, profitez-en...